Entretien (résumé) avec Anne-Marie Lézine, directrice du laboratoire d’océanographie et du climat (LOCEAN)

La palynologie est une science récente qui a débuté en Europe du nord dans les années 1930_1940. Des noms de plantes ont été donnés à des périodes de l’histoire du climat qui étaient caractérisées par la surabondance de certains végétaux. C’est par exemple le cas du Dryas octopetala dont le nom a été attribué à un évènement climatique particulièrement froid de la dernière transition glaciaire-interglaciaire. Le Dryas octopetala est de nos jours typique des régions froides subarctiques et montagnardes. Pourtant, on a retrouvé des grains de pollen de cette plante disséminés très largement en Europe du Nord, laissant supposer qu’il y avait fait beaucoup plus froid qu’aujourd’hui.

Le réchauffement amorcé après la dernière période glaciaire du à l’augmentation progressive de l’insolation, a brusquement été interrompu  il y a 12,800 – 11,500 ans. L’hypothèse la plus communément avancée, est que l’apport massif d’eau douce résultant de la fonte des glaces qui s’étaient accumulées en Amérique du Nord a considérablement ralenti la circulation thermohaline et provoqué un refroidissement général des moyennes et hautes latitudes (ainsi qu’une très grande aridité dans les régions tropicales).

L’épisode froid que l’on appelle le Dryas récent est un effet inattendu  des effets du réchauffement climatique.

 

Dans les diagrammes polliniques d’Europe du Sud, apparaissent alors des plantes steppiques (ex: Artemisia, Chenopodiaceae…), la colonisation des forêts thermophiles (des chênes par exemple) régresse et le fameux Dryas octopetala s’étend en Europe du Nord. Ce changement environnemental de très grande amplitude a été abondamment documenté dans les séquences sédimentaires lacustres et marines, les carottes de glace…. qui ont pu non seulement en mesurer l’amplitude mais également la mise en place.

L’épisode froid que l’on appelle le Dryas récent est un effet inattendu  des effets du réchauffement climatique. Ce sont les paramètres orbitaux qui sont les premiers à l’origine du changement climatique. Ils sont aujourd’hui bien connus grâce aux travaux développés par la communauté scientifique internationale depuis Milankovitch : la modification de l’axe de rotation de la terre, celle de l’orbite de la terre par rapport au soleil.. expliquent les variations naturelles à long terme du climat . A ces variations, s’ajoutent des perturbations comme l’activité volcanique, la circulation océanique.. qui à leur tour influencent le climat. En l’occurrence, le Dryas récent est une phase froide qui a interrompu le réchauffement climatique naturel régi par les paramètres orbitaux. Il tient son origine du réchauffement climatique lui-même et met en lumière le rôle primordial joué par l’océan dans la redistribution de chaleur sur le globe.

Le climat est donc la combinaison de facteurs internes et externes qui expliquent sa variabilité naturelle. L’homme, en modifiant la composition de l’atmosphère (par l’ajout de gaz à effet de serre) et en modifiant les surfaces continentales joue un rôle majeur en perturbant la variabilité climatique naturelle et amplifiant ses effets sur les milieux.

Extraits d’entretien mené avec Anne-Marie Lezine le 28 mai au LOCEAN, Paris.

Anne-Marie Lézine est directrice de recherche au CNRS (LOCEAN). Elle a enseigné à l’École pratique des hautes études pendant plusieurs années et occupé des fonctions chargée de mission et directrice de programme auprès de la direction de l’INSU au CNRS. Elle est actuellement directrice du laboratoire d’océanographie et du climat (LOCEAN). Spécialisée en palynologie quaternaire, elle s’intéresse particulièrement aux interactions entre l’océan, le climat et les surfaces continentales dans les régions tropicales.

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