Entretien (extraits) avec Vincent Lebreton, Palynologue

Extraits d’un entretien mené avec Vincent Lebreton le 28 avril 2015

Vincent Lebreton, Palynologue

Département de Préhistoire, Muséum national d’Histoire naturelle, UMR 7194 CNRS

Maître de conférences du Muséum national d’Histoire naturelle, Vincent Lebreton est palynologue et étudie les environnements de l’Homme et les relations Homme/milieux au Pléistocène en Eurasie, ainsi que l’impact sur les environnements holocènes des activités humaines à partir du Néolithique autour du bassin méditerranéen.

AT: A partir de quand est il possible parler d’impacts de l’homme sur l’environnement ?

VL: Au Département de Préhistoire du Muséum, nous nous intéressons aux relations hommes-milieux, aussi bien aux temps paléolithique que néolithique. Le Néolithique est le moment où l’homme se sédentarise et commence à développer des pratiques agricoles.

Pour les périodes antérieure à l’Holocène, il n’est pas question de parler d’impact de l’homme sur son environnement. Il y a certainement eu des retombées, car ces populations alors chasseurs-cueilleurs, collectaient des ressources végétales pour se nourrir. Mais ces activités humaines ne sont pas suffisamment importantes pour être visibles dans nos études.

AT: Quelles auraient pu être les conséquences de la glaciation du Dryas récent (chute de 7° environ) sur ces populations ?

VL: Il est important de s’affranchir d’une vision anthropocentrée avec un modèle d’homme sédentaire. Il faut s’imaginer des populations nomades qui dépendaient de leur environnement extérieur pour leur survie. Elles développèrent donc des stratégies d’exploitation de leur milieu (faune ou flore) pour tout ce qui était alimentaire. Il fallait qu’elles suivent les écosystèmes. Ainsi, si la végétation et la faune migrent en réponse à des variations climatiques, l’homme suit.

 Cette relation homme-milieu s’observe sur des périodes très anciennes. Une recherche (thèse de doctorat de Ronan Orain) s’est par exemple intéressée à l’impact des glaciations, entre 450 000 et 300 000 ans ,sur les migrations et les adaptations des comportements de subsistance des populations préhistoriques de l’Italie centrale. L’originalité de cette recherche est de montrer que l’Italie centrale a été une zone refuge pour la végétation, lors des grandes glaciations. Ce territoire se trouve en basses latitudes, sur le pourtour méditerranéen. Tandis que les glaciers se développaient sur le nord de l’Europe, créant un milieu hostile pour l’Homme, les populations préhistoriques se concentrèrent sur des territoires propices de la zone méditerranéenne où persistaient la faune et la flore.

Or cette problématique est complètement différente, dès que l’on bascule dans l’Holocène et surtout à partir du Néolithique. Il faut alors réfléchir autrement à partir de nos données polliniques. Nous sommes face à des changements qui ne sont plus dépendants du seul fait de variations climatiques naturelles, mais aussi liés à l’impact des activités humaines.

Il faut prendre en considération deux variables pour un même phénomène observé qui est le changement du couvert végétal. Le travail est similaire pour le palynologue, qu’il analyse des échantillons polliniques ayant 300 000 ans ou 3000 ans. Cela reste des petits grains de pollens que l’on analyse sur de fines lames de verre. L’expertise est la même. C’est l’interprétation des données acquises qui est différente. Si nous analysons des pollens de période antérieure à l’Holocène, nous réfléchissons seulement en terme de climat, tandis que pour les périodes plus récentes, il faut prendre en compte les variables climat et homme.

“Nous sommes face à des changements qui ne sont plus dépendants du seul fait de variations climatiques naturelles, mais aussi liés à l’impact des activités humaines”.

 

Il faut se rappeler que l’homme préhistorique subissait le milieu. Plus tard, avec l’avènement de l’Anthropocène, l’homme domine l’environnement. L’Anthropocene aurait commencé il y a seulement 200 ans avec la révolution industrielle. Mais d’autres chercheurs plaident pour un début dès l’avènement du Néolithique, période où l’homme, par ses pratiques agricoles, a commencé à maîtriser son environnement.

AT: Quelles sont les différentes étapes d’une étude palynologique et comment s’établit le lien pollen-végétation ?

Chaque étude débute par le prélèvement d’une carotte de tourbe, de sédiments lacustres, de remplissages de fonds de vallées. Nous pouvons aussi collecter des échantillons palynologiques dans des bras morts de fleuve, zones où les sédiments ont pu décanter.

Le pollen émis par la végétation présente à un instant T fini par se déposer à la surface du sol, puis est enfoui et recouvert par d’autres sédiments qui continuent de s’amonceler.

Le pollen reflète ainsi la végétation présente au moment du dépôt.

Le pollen est un bio marqueur précieux. Il se conserve parfaitement dès lors qu’il est enfoui rapidement dans le sédiment et qu’il n’est plus exposé à l’oxygène. C’est la membrane même du grain de pollen qui est préservée et étudiée pour la reconstitution des environnements.

Pour pouvoir raisonner sur des paléo-environnements, il est nécessaire de calibrer la relation pollen/végétation actuelle. Pour cela, nous avons donc fait des études d’échantillons de surfaces prélevés directement dans des sols actuels et couplés avec des relevés de végétations produites par des botanistes. Cela nous a permis de comparer l’enregistrement polliniques extrait de ces échantillons avec la composition de la végétation contemporaine.

Nous nous sommes rendus compte que certaines plantes pollinisent beaucoup et sont surreprésentées et inversement. En palynologie, pour reconstituer une image fidèle de la végétation, il est nécessaire de compter au minimum 300 grains de pollen dans un échantillon de manière à faire apparaître ces éventuelles plantes qui pollinisent peu.

La Dryas octopetala fait partie de ces plantes sous-représenté dans les diagrammes polliniques car elle pollinise peu.

C’est aussi parce que le palynologue ne peut pas observer les caractères morphologiques propres à Dryas octopelata et que toutes les plantes de la famille des Rosaceae sont déterminées en palynologie au rang de la famille = Rosaceae.

Extraits d’un entretien mené avec Vincent Lebreton le 28 avril 2015

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